Cet article souligne, tout d’abord, la persistance dans les societes europeennes de la premiere modernite des formes de transmission des savoirs qui ne supposent pas la maitrise de la lecture, mais la parole vive et l’image. Il montre, aussi, le role accru de la lecture comme instrument des apprentissages et d’acquisition des connaissances et sa traduction scolaire au XIXe siecle, lorsque le manuel devient livre des livres et que les editeurs proposent aux lecteurs populaires des bibliotheques encyclopediques. Mais l’accroissement du nombre des lecteurs et les progres de la lecture conduisent a la dispersion des pratiques, a la multiplication des imprimes populaires et a la polarisation du champ litteraire entre la “litterature industrielle” et l’ art pour l’art pour les “happy few”. Ils portent egalement les denonciations des dangers des (mauvaises) lectures, heritees du XVIIIe siecle, et les inquietudes face a l’ambivalence de la lecture, qui est instrument de connaissance mais aussi d’alienation du lecteur. L’article s’acheve avec une reflexion sur les transformations qu’imposent a la lecture la textualite numerique.