Dans le courant du XIXe siecle, la mort constituait un important point de friction entre la franc-maconnerie belge et l’Eglise catholique. Apres la condamnation episcopale de 1837, les francs-macons se voyaient refuses les derniers sacrements et les obseques religieuses. Or, bien rapidement, ils choisiraient eux-memes a mourir sans les secours de l’Eglise et d’organiser des funerailles civiles, une attitude qui se relatait au developpement d’un spiritualisme propre, ulterieurement au choix pour l’agnosticisme ou l’atheisme. Les tenues funebres en loge accompagnaient ce processus. Le rite funebre maconnique se laissait identifier simultanement comme rite curatif et comme rite de passage. Bien que la dimension motorique du rituel se montrait assez stable pendant le siecle etudie, la dimension exegetique du meme rituel apportait des interpretations divergentes de ces actes symboliques inchangees. Dans le conflit autour des lits de mort et des funerailles des francs-macons, le rituel maconnique contribuait au developpement d’une contre-culture funeraire laique, dans laquelle la construction d’une dignite alternative etait essentielle. Ainsi, le monopole catholique sur cet important aspect de la quotidiennete se voyait definitivement rompu, au niveau des actes funeraires publics tout comme au niveau symbolique.