La Colombie est un point nodal du super-cycle minier en Amérique Latine. La collusion entre l'État et les sociétés minières a privilégié un modèle d'exploitation de grande envergure cohérent avec trois décennies de consolidation de l'ordre socioculturel néolibéral. Un secteur minier fort a du sens pour un projet qui cherche à générer des revenus indispensables au financement des accords de paix avec les guérillas de gauche et des mesures sanitaires d'urgence, et à renforcer l'État et le capital privé dans des régions marquées par la violence. On ne peut décrire la « Colombie transitionnelle » sans tenir compte de ces évènements et de ces facteurs. Notre article entend analyser cette époque comme une conjoncture et le fera à partir des lieux les plus impactés par le rêve d'un pays moderne et en paix. Dans le cas de l'or, au plus grand regret des acteurs influents du secteur, le précieux minerai est extrait avant tout par des populations pauvres et en situation précaire ou des organisations criminelles qui contraignent souvent ces dernières. Au cours de la dernière décennie, la gestion des régions sources de rentabilité mais foyers de conflits a oscillé entre la criminalisation ouverte et l'approche plus managériale. Nous explorerons les conséquences de ces stratégies qui reposent sur la gestion de l'affect dans les communautés minières. En utilisant le cas de Marmato, dans le département du Caldas, nous tenterons d'illustrer comment s'articulent la responsabilité sociale des entreprises, les « chaînes productives » et les programmes entrepreneuriaux. Enfin, nous nous intéresserons aux techniques de pression, d'humiliation et de désir subies au quotidien, puis analyserons les régimes affectifs de la conjoncture sociopolitique actuelle, de la crise et de la gestion sociétale en Colombie. Une recherche ethnographique menée en Colombie entre 2016 et 2018, couplée à une recherche documentaire ont servi de base à ces travaux.