L'annexion temporaire du Royaume de Hollande à l'Empire français en 1810-1813 a permis de sceller, voire d'accélérer une évolution qui s'était ébauchée depuis plusieurs décennies. Les critiques répétées du système universitaire néerlandais et les efforts de réforme plus ou moins timides opérés jusqu'alors ont pu trouver un exutoire dans la réforme fondamentale du système d'enseignement supérieur réalisée par la création de l'Université impériale, qui fut introduite en Hollande le 22 octobre 1811. Toutes les universités furent alors supprimées ou remodelées et l'enseignement secondaire fut profondément remanié. Bien que cette refonte répondît aux attentes d'une bonne partie de l'opinion intellectuelle batave, l'après-Bonaparte restaura l'ancien système universitaire, non pas en rétablissant toutes les universités mais en revenant au modèle universitaire ancien puis en réfléchissant à son bien-fondé. Comment doit-on interpréter cette évolution divergente : rejet des acquis du régime français et retour aux institutions convenues ? Mais on a bien conservé les institutions culturelles créées par les deux frères Bonaparte et le Code Napoléon ! Évolution différentielle des sociétés française et néerlandaise ? Malentendus éducatifs ? Clivages culturels ? Impact des modèles étrangers, en particulier allemand ? Surtout : quel fut le rôle du nationalisme naissant dans l'affirmation de la singularité du modèle universitaire et de son adaptation aux modes d'apprentissage et aux besoins culturels formalisés par la communauté nationale ?