La poursuite de l'expansion des villes dans la plupart des pays génère des flux polluants croissants rejetés dans les milieux aquatiques urbains par les systèmes d'assainissement, avec des enjeux environnementaux considérables. La connaissance, le contrôle et la réduction des flux polluants ne peuvent plus se satisfaire des mesurages ponctuels classiques par prélèvements et analyses en laboratoire. Différentes techniques de mesure en continu in situ sont aujourd'hui utilisables. Parmi celles-ci, le mesurage de la turbidité permet d'estimer les charges événementielles et annuelles en matières en suspension (MES) et en demande chimique en oxygène (DCO) transitant dans les réseaux d'assainissement urbains. Pour obtenir des résultats fiables et évaluer leurs incertitudes, des méthodes appropriées doivent être utilisées : i) étalonnage des capteurs, ii) application de fonctions d'étalonnage, iii) mesurage des MES et de la DCO sur échantillons avec les méthodes normalisées, iv) détection des valeurs suspectes éventuelles, v) régressions polynomiales spécifiques entre MES ou DCO et turbidité prenant en compte les incertitudes sur toutes les grandeurs, et vi) application des régressions pour estimer les charges polluantes en MES et DCO. Ces différentes étapes sont décrites dans cet article et illustrées avec des exemples. Une étude de cas montre l'application des méthodes proposées pour estimer les charges polluantes rejetées par un déversoir d'orage en réseau unitaire : 30 déversements mesurés en 2004 ont rejeté environ 2100 kg de MES et 2900 kg de DCO. Ces masses sont connues avec une incertitude relative inférieure à 5 %.